Non, aucune loi française n’interdit de revendre une carte ou un produit Pokémon plus de 20 % au-dessus de son prix d’origine. La rumeur virale de septembre 2026 ne repose sur aucun texte, et la pétition déposée au Sénat sur le sujet a été close avec six signatures. Ce qui encadre réellement la revente, c’est la fiscalité, ainsi que les règles que chaque magasin fixe à ses clients.
D’où vient la rumeur des 20 % ?
Le 16 septembre 2026, un compte X consacré à l’actualité Pokémon annonce une loi « anti-scalping » pour 2027. Selon ce message, il deviendrait illégal de revendre un objet neuf plus de 20 % au-dessus de son prix de base. D’après le Journal du Geek, la publication a été vue près de 1,3 million de fois.
L’annonce est fausse. Interrogée par TF1 Info, dont la vérification est reprise par le Journal du Geek, la DGCCRF a indiqué n’avoir connaissance d’aucun projet de loi de ce type. Aucun texte correspondant n’a été publié au Journal officiel.
Une pétition au Sénat, close avec 6 signatures
Le sujet a bien été porté devant le Sénat, mais sous une tout autre forme. Le 31 juillet 2025, un citoyen a déposé sur la plateforme de pétitions du Sénat une initiative intitulée « Encadrement de la revente abusive des cartes Pokémon et produits de collection ».
Elle proposait notamment :
- de plafonner le prix de revente des produits scellés récents au prix conseillé, et de limiter le nombre d’achats par personne ;
- de réserver la vente de produits scellés à des professionnels agréés, inscrits sur un registre ;
- de prévoir des quotas pour les mineurs ;
- d’obliger les plateformes en ligne à retirer les annonces jugées abusives ;
- de créer un observatoire des produits de collection.
Le texte ne mentionne aucun seuil de 20 %. Surtout, il n’a jamais dépassé le stade de la pétition. Il lui fallait 100 000 signatures en six mois pour être transmis à la Conférence des présidents du Sénat. Il en a recueilli six, et le recueil s’est achevé le 31 janvier 2026. Même avec 100 000 signatures, une pétition n’est pas une proposition de loi : la Conférence des présidents décide seule des suites à lui donner.
Revente de cartes Pokémon interdite ? Ce que dit le droit aujourd’hui
Aucune règle française ne fixe de marge maximale pour la revente de cartes à collectionner entre particuliers. Comme le résume le Journal du Geek, un particulier qui revend occasionnellement ses biens fixe librement son prix.
Ce qui compte, c’est la nature de l’activité : vendez-vous votre collection, ou achetez-vous pour revendre ?
Vendre sa collection ou acheter pour revendre : la vraie frontière
Le ministère de l’Économie distingue clairement les deux situations dans sa fiche sur la vente de biens personnels, publiée le 13 mai 2026.
- Vous vendez des biens que vous ne souhaitez plus conserver. Les revenus tirés de ces ventes n’ont pas à être déclarés et ne sont pas imposables, sauf exceptions détaillées plus bas.
- Vous achetez des biens pour les revendre. Les revenus de cette activité sont imposables. Il faut d’abord déclarer l’activité sur formalites.entreprises.gouv.fr, ce qui l’inscrit au répertoire Sirene, puis déclarer ses recettes chaque année. Des cotisations sociales sont dues, car l’activité a alors un caractère professionnel.
L’exemple donné par Bercy parle aux collectionneurs : acheter et revendre des bandes dessinées. Pour les cartes, c’est donc le caractère commercial de l’activité qui compte, pas la marge. Vendre ses doubles ou une ancienne collection relève du premier cas. Acheter des displays à leur sortie pour les remettre en vente se rapproche du second. En cas de doute, interrogez le service des impôts de votre domicile.
Au-delà de 5 000 € : quand la revente d’une carte est imposée
Une autre rumeur circule depuis mars 2026 : revendre ses cartes Pokémon serait devenu imposable cette année. Le ministère de l’Économie l’a démentie dans sa rubrique « Bercy décode » du 26 avril 2026. Son verdict : « Faux », aucune règle n’a changé.
Les règles en vigueur sont anciennes. Si la carte est considérée comme un objet de collection, sa revente au-delà de 5 000 € est soumise à la taxe forfaitaire sur les métaux précieux, les bijoux, les objets d’art, de collection et d’antiquité. Si elle ne l’est pas, une vente de plus de 5 000 € relève du régime des plus-values sur biens meubles, comme pour tout autre objet personnel de cette valeur (hors meubles, électroménager et voitures, qui sont exonérés).
| Situation | Imposition, selon le ministère de l’Économie |
|---|---|
| Revente d’une carte pour 5 000 € ou moins | Aucune imposition |
| Carte de collection vendue plus de 5 000 €, régime par défaut | Taxe forfaitaire de 6 % du prix de cession, plus 0,5 % de CRDS (formulaire n° 2091, à régler dans le mois de la vente) |
| Carte de collection vendue plus de 5 000 €, sur option et sous conditions | Régime des plus-values sur biens meubles : impôt de 19 % sur la seule plus-value, hors prélèvements sociaux (formulaire n° 2092) |
| Carte non considérée comme objet de collection, vendue plus de 5 000 € | Régime des plus-values sur biens meubles : impôt de 19 % sur la plus-value, hors prélèvements sociaux (formulaire n° 2048-M, dans le mois de la vente) |
La différence entre les deux régimes est importante. La taxe forfaitaire se calcule sur le prix de vente total. Le régime des plus-values ne frappe que le gain, soit l’écart entre le prix de vente et le prix d’achat. Mieux vaut donc garder ses preuves d’achat.
Le taux de « 36,2 % » repris par plusieurs médias au printemps, dont Presse-citron le 17 avril 2026, correspond à ce régime des plus-values : 19 % d’impôt, auxquels ces articles ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux. Ce taux ne vise que le gain réalisé, jamais le prix de vente entier, et seulement pour une vente de plus de 5 000 €. Bercy, de son côté, ne donne pas de taux global.
Qui est vraiment concerné ?
Très peu de ventes. Le ministère le rappelle lui-même : l’immense majorité des cartes vaut peu, et sur les plateformes d’échange, les prix moyens restent loin des 5 000 € à partir desquels l’impôt s’applique.
Le ministère cite la Pikachu Illustrator, vendue 16,5 millions de dollars en février 2026, comme une enchère record non représentative du marché. Pour explorer les cartes d’un Pokémon ou d’une extension ancienne, consultez par exemple notre hub Pikachu ou la page du Set de Base.
DAC7 : ce que les plateformes de vente transmettent au fisc
Les plateformes de vente en ligne appliquent le dispositif européen dit DPI-DAC7 aux opérations réalisées depuis le 1er janvier 2023, déclarées pour la première fois en 2024.
Selon impots.gouv.fr et le ministère de l’Économie, une plateforme transmet vos informations à l’administration fiscale si vous réalisez au moins 30 opérations dans l’année, ou si vous percevez plus de 2 000 €. Il suffit que l’un des deux seuils soit franchi.
Franchir l’un de ces seuils ne crée aucun impôt. Il s’agit d’une simple transmission d’informations. Les montants signalés peuvent donc figurer dans votre déclaration préremplie alors qu’ils ne sont pas taxables. impots.gouv.fr donne un exemple simple : vendre 32 vêtements d’enfant à 5 € pièce n’est pas imposable, puisqu’il s’agit de biens que l’on n’utilise plus.
Chaque année, en janvier, la plateforme doit aussi vous adresser un récapitulatif de vos opérations de l’année précédente. Conservez-le avec vos preuves d’achat pour contrôler, et au besoin corriger, les montants préremplis.
« Un par client » : une règle de magasin, pas une loi
Lors des grosses sorties, beaucoup de boutiques limitent les achats par client. C’est un choix commercial de chaque enseigne, pas une obligation légale propre aux cartes.
En France, le refus de vente à un consommateur est en principe interdit, sauf motif légitime. Dans sa fiche pratique, la DGCCRF range parmi ces motifs la « demande anormale » et l’indisponibilité du produit. C’est dans ce cadre qu’un magasin peut limiter les quantités par client, la légitimité du refus s’appréciant au cas par cas.
Avant une sortie, lisez les conditions de précommande : elles fixent souvent un maximum par commande, par produit ou par foyer. Sur le marché de l’occasion, méfiez-vous des annonces très en dessous des prix habituels. Notre guide pour reconnaître une fausse carte Pokémon détaille les vérifications à faire.
Au Japon, l’éditeur mise sur la vérification d’identité
The Pokémon Company a annoncé le 21 mai 2026 un système de vérification d’identité par carte My Number, la carte d’identité à puce délivrée au Japon.
Selon les médias japonais AUTOMATON et Web担当者Forum, il doit concerner certaines ventes et loteries prioritaires de la boutique Pokémon Center Online, ainsi que l’inscription à certains tournois officiels organisés au Japon. Le lancement était envisagé vers août 2026, les produits et événements concernés devant être précisés plus tard. L’éditeur dit vouloir donner à chacun une chance équitable ; la presse japonaise relie la mesure aux achats en masse destinés à la revente.
Ce qu’il faut retenir
- Aucune loi ne plafonne la revente de cartes Pokémon à 20 %, ni à aucun autre taux.
- La pétition déposée au Sénat en juillet 2025 a été close avec 6 signatures sur les 100 000 requises.
- Vendre sa collection personnelle n’est pas imposable, sauf pour une carte vendue plus de 5 000 €.
- Acheter pour revendre est une activité commerciale : elle se déclare et ses revenus sont imposables.
- Les seuils DAC7 (30 opérations ou plus de 2 000 € par an) déclenchent une transmission au fisc, pas un impôt.
- Les limites « un par client » sont des règles de magasin, encadrées par le droit du refus de vente.
Pour suivre l’évolution des prix sans tomber dans les rumeurs, retrouvez notre sélection des cartes les plus recherchées de Nuit Noire, dont les fiches sont réunies sur la page de l’extension Nuit Noire, et toutes nos analyses dans la rubrique Marché et prix. Les informations de cet article ne constituent ni un conseil fiscal personnalisé, ni un conseil en investissement.
Sources
- Journal du Geek, « La France va-t-elle interdire la revente de cartes Pokémon ? », 19 septembre 2026, consulté le 10 octobre 2026.
- Sénat, plateforme des pétitions, « Encadrement de la revente abusive des cartes Pokémon et produits de collection » (pétition n° 1878), consulté le 10 octobre 2026.
- economie.gouv.fr (Bercy décode), « Les cartes Pokémon sont-elles désormais dans le viseur du fisc ? », 26 avril 2026, consulté le 10 octobre 2026.
- Presse-citron, article sur l’imposition des cartes à collectionner à 36,2 %, 17 avril 2026, consulté le 10 octobre 2026.
- impots.gouv.fr, « Transfert d’informations en application des dispositifs DPI-DAC7 (plateformes d’économie collaborative) », consulté le 10 octobre 2026.
- economie.gouv.fr, « Vente de biens personnels : faut-il déclarer ces revenus ? », 13 mai 2026, consulté le 10 octobre 2026.
- impots.gouv.fr, « Comment déclarer mes revenus issus de l’économie collaborative ? », consulté le 10 octobre 2026.
- economie.gouv.fr (DGCCRF), « Refus de vente », fiche pratique, consulté le 10 octobre 2026.
- AUTOMATON, article sur la vérification d’identité par carte My Number, 21 mai 2026, consulté le 10 octobre 2026.
- Web担当者Forum, article sur la vérification d’identité par carte My Number, 22 mai 2026, consulté le 10 octobre 2026.


